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Vidéoconférence: qui sortira gagnant de la crise?

Dès la seconde semaine de confinement, GreenSI faisait le constat que 2020 allait être l'année de la collaboration en ligne et mettait en avant l'ascension de Zoom, petit dernier du secteur, qui commençait à faire parler de lui en passant de 10 millions d'utilisateurs à 200 millions en quelques mois.

Un mois après ce billet, Zoom annonce cette semaine 300 millions d'utilisateurs dans le Monde et commence sérieusement à inquiéter les acteurs du secteur qui décident tous en cœur d'innover !

L'arrivée de Zoom nous permet de vérifier une théorie économique, qui dit que plus le nombre d'acteurs qui contrôle un marché est petit, moins ils innovent vite. Tout l'enjeu des régulateurs est de permettre l'innovation de nouveaux acteurs dans le secteur, quitte à ce que cette innovation se fasse racheter ensuite par les leaders.

Le ténor historique de ce marché est certainement Webex, acheté par Cisco il y a 13 ans. Ce fut le "Frigidaire" de la visioconférence et on disait "se faire une Webex" pour dire une visioconférence.

Le rachat de l'européen Skype par Microsoft, il y a 8 ans, a changé le rapport de force, et on a commencé à "se faire des Skype", sans évolution radicale dans les usages ;-)

Puis au final, Microsoft n'aura pas trouvé comment dominer dans l'entreprise avec Skype. C'est maintenant son produit interne Teams qu'il pousse dans les entreprises, réservant Skype dans le grand public.

Dans les autres acteurs de taille, en part de marchés, on peut citer LogMeIn, Google Hangout/Meet ou Blue Jeans Network. En Europe, Alcatel Lucent propose Open Rainbow.

En 2017, Zoom est rentré directement dans le "carré magique" de Gartner, avec son infrastructure Cloud et ses fonctionnalités avancées, le très sélectif club de ceux qui ont une vision produit et la capacité de la mettre en œuvre. En 2019, il talonne Cisco pour sa vision.

Mais c'est en 2020, en un mois de confinement mondial, que ces ténors de la visioconférence d'entreprise positionnés sur un marché vieux de 10 ans, ont tous sorti de nouvelles fonctionnalités (souvent déjà présentes dans Zoom), attendues par leurs utilisateurs depuis bien longtemps !

Zoom les aura réveillés, et la plateforme nous rappelle qu'avec les GAFAs, il est essentiel de maintenir des alternatives.

L'innovation sur ce marché est donc arrivée par des acteurs innovants (Webex, Skype,...) rachetés ensuite. Zoom est peut-être la prochaine cible. Corollaire de ce constat, quand une DSI fait le choix d'une grande plateforme, elle se prive de facto de l'innovation externe, et doit donc continuer d'observer le marché pour le cas échéant faire pression sur son choix initial. Si ils ne le font pas, les utilisateurs de l'entreprise le leur rappelleront, quitte à basculer dans le "Shadow IT".

Verizon, opérateur télécom, est rentré le 17 avril sur le marché de la visioconférence avec l'acquisition de Bluejeans.

Facebook lance la même semaine le module Rooms dans Messenger, pour être présent sur la visioconférence, plutôt grand public, et prépare l'intégration avec WhatsApp et Instagram, mais on peut imaginer des liens avec sa plateforme collaborative pour les entreprises, Workplace. 

Soyons clairs, avec 2 nouveaux acteurs mondiaux et une pluie de nouveautés chez les autres, ce n'est pas la réponse à la crise qui se joue depuis 2 semaines, mais bien les premières grandes manœuvres pour le "Monde d'après de la collaboration". La bataille mondiale pour être l'acteur majeur, de ce qui est en train de s'installer comme un nouveau mode de collaboration et de fonctionnement dans l'entreprise, est engagée.

Cette bataille laisse de la place aux acteurs locaux, moins visibles mondialement, mais qui se préparent pour le jour ou les questions de souveraineté seront sur la table. En France on peut citer les lyonnais Glowbl, les bretons Appizee installés au berceau des télécoms françaises à Lannion, Amplement rachetée par Cirpack société française de communication IP, Tixeo qui se targue de sa certification ANSSI ou Private Discuss solution privée sur mesure et chiffrée. Il y a aussi des solutions open source comme Jitsi ou Jami dont le contrôle est plus réparti. J'en oublie certainement beaucoup.

Après la phase de domination de quelques acteurs mondiaux, la souveraineté va être une question clef. On l'a déjà vu avec l'Inde en 2010, quand Blackberry a été obligé d'ouvrir son infrastructure trop centralisée au Canada. GreenSI interprète l'interdiction récente de Zoom en Inde de la même façon. L'Inde ne veut pas d'acteur américain dominant sur ses communications. Cela résonne d'ailleurs avec la participation cette semaine de Facebook (de $7,6 milliards !) dans Jio, leader indien des télécoms, histoire localement de faire un peu moins américain.

A un moment ou à un autre, comme avec les opérateurs télécoms nationaux, l'infrastructure Internet de communication ne pourra reposer que sur quelques acteurs américains ou chinois.

Mais revenons sur la bataille des annonces depuis fin mars : 

26 mars : Microsoft propose gratuitement une licence de 6 mois de Office365 E1 (version limitée), incluant Teams qui a été ajoutée à toutes les offres. Une réponse déjà utilisée par Zoom en Chine au tout début de la crise.2 avril: Slack, application de travail collaboratif, ajoute en béta l'intégration de Microsoft Teams Calls. Slack étant le grand concurrent de Teams, on se doute que Microsoft a dû accepter cette intégration. Slack avait déjà un partenariat avec Zoom et Cisco et Microsoft ne pouvait plus négliger les utilisateurs Slack non séduits pas son offre globale.6 avril : Avec Skype Meet Now, Microsoft renonce à obliger les utilisateurs de créer un compte Skype ou Office et à télécharger un logiciel à installer. Cette fonction était attendue par le grand public, plus "volage" dans ses usages que l'entreprise qui pré-installe les postes des collaborateurs. Dans "l'ADN Windows" de Microsoft, ce n'est pas une décision facile à prendre ;-)

14 avril : La fonction originale de Zoom pour afficher votre propre fond, plébiscitée par les utilisateurs, arrive sur Microsoft Teams, avec une proposition de plusieurs fonds (dont Minecraft), même si on ne peut pas encore télécharger le sien.

14 avril : Microsoft annonce que la limitation du nombre de flux sur l'écran de Teams, limité à 4 va passer à 9 d'ici fin avril et se rapprocher de Zoom qui en permet déjà 25 par page. Une fonction essentielle pour les "pizza teams" qui aiment bien se voir tous ensemble. Facebook a lancé Rooms avec 50 flux simultanés.

17 avril : Google Meet (anciennement Hangout) s'intègre maintenant un peu mieux à Gmail et promet de s'améliorer sur de nombreux points, aussi bien techniques qu'esthétiques, et demandés par ses utilisateurs... Merci qui ?Cisco n'est pas non plus en reste avec Webex Teams qui intègre un tableau blanc, un module de partage de fichiers, de la gratuité et de nouvelles versions le 11 avril dans les stores applicatifs iOS et Android.Et bien sûr le 22 avril, Éric Yuan le PDG de Zoom annonce sa version 5.0.

Le lien de la visioconférence avec la collaboration et une nouvelle façon de travailler en ligne, pointés par GreenSI il y a un mois, se renforce et l'arrivée le Facebook le confirme.

Cette bataille ne se déroule pas que sur le terrain de l'offre commerciale et fonctionnelle. Les acteurs cherchent à conquérir votre navigateur ou votre poste de travail pour être pré-installés. Mais c'est la guerre d'image dans l'opinion qui prime, et tous les coups sont permis...

Le 30 janvier des chercheurs de Check Point Research découvrent une faille dans la sécurité de Zoom, qui aurait pu être exploitée par des pirates pour écouter les conversations, mais la brèche a été colmatée entre-temps. Le 18 mars, la charge est lancée avec des vidéos d'enregistrement (déclenchés par les utilisateurs) et accessibles sur le web sans que les utilisateurs ne le sachent. Zoom communique aussi sur un chiffrement de bout-en-bout des communications, alors que le serveur Zoom a bien accès aux données échangées (contrairement à WhatsApp) et donc Zoom ne chiffre que le transport jusqu'au serveur, d'où une communication trompeuse.

Il s'en est suivi une campagne de "Zoom bashing". Autant dire que les concurrents n'ont pas boudé leur plaisir, et GreenSI est presque à deux doigts de penser qu'ils l'ont facilitée en mobilisant leurs moyens de communication et de relations presse, pour qu'elle ait eu une telle efficacité en cette période de confinement. Les articles ont fleuri partout, de la presse spécialisée geek à la presse régionale, en passant par le journal de 20h... et en moins de 2 semaines ! 

Mais si on regarde les recherches en France, le 8 avril on a une inversion de la tendance sur cette préoccupation de sécurité concernant Zoom.

 

En plus de problèmes techniques réels de la plateforme Zoom, les utilisateurs arrivés en masse, ne savent pas paramétrer un produit très riche fonctionnellement et diffusent par exemple leur numéro de conférence personnel sur les réseaux sociaux. C'est un peu comme si vous laissez votre email dans vos posts Facebook et après que vous vous plaigniez du spam que vous recevez. Cette expérience est très instructive pour les DSI sur l'équilibre à trouver entre les fonctionnalités qui tirent les utilisateurs, l'accompagnement des usages et la sécurité adaptée. Un triptyque délicat.

Zoom a réagit très vite avec un plan de 90 jours pour intégrer la sécurité et la confidentialité, en plus de l'expérience utilisateur, et fait intervenir des experts en cyber, dont un ancien chef de la sécurité de Facebook jusqu'en 2018 (Alex Stamos). Zoom s'est aussi appuyé sur ses grands clients et a intégré des RSSI dans son comité de sécurité (notamment une banque qui généralement de badine pas avec la sécurité, HSBC).

En dévoilant la mise à jour 5.0 de son service et de nouvelles fonctionnalités de sécurité (norme de chiffrement AES 256 bits, verrouiller une réunion, supprimer des participants, restreindre le partage d’écran et des discussions...), Zoom garde l'image d'une société qui pousse une vision et surtout fait preuve d’une grande réactivité dans un marché qui ronronnait.

Pour GreenSI, Zoom a l'air d'avoir passé ce moment difficile, après le mea culpa de son PDG il y a deux semaines, la conférence de mercredi dernier, ainsi que l'annonce de la version 5.0. Mais la partie ne fait que commencer. Zoom reste sur la corde raide et au premier dérapage venu, aucun de ses adversaires ne lui fera de cadeau.  

Dans la collaboration d'entreprise en ligne, la bataille pour le monde d'après a déjà commencé, en mode "bataille royale" ;-)

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jeudi 28 mai 2020

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